9 décembre 2022

ADRESSE AU TRADER DE L’ELYSEE

 Monsieur le président de la République,
 
    à la lumière des évènements en cours, et plus particulièrement de votre croisade internationale pour la moralisation du capitalisme financier, je crains fort que vous ne jouiez finalement avec le feu.
 
    Il apparaît en effet que vous ayez décidé, à vous tout seul, de refaire le monde en fonction de vos propres critères moraux et politiques sans d’ailleurs trop vous soucier, à l’aune de votre bon plaisir, du fonctionnement réel du système financier mondialisé.
 
    Si je vous ai bien compris, le monde de l’après-crise ne doit en aucun cas présenter la même physionomie que celui qui prévalait jusqu’à l’éclatement, aux Etats-Unis, de la bulle patiemment formée au fil du temps par l’invasion silencieuse des subprime.
 
    Un éclatement de bulle immobilière dont l’origine lointaine (1938) est politique et n’a cessé de l’être tout au long des décennies qui ont suivi avec, en forme de bouquet final d’un féérique mais vénéneux feu d’artifice, le concours des plus irrationnels de la FED.
 
    Pour être honnête jusqu’au bout, il va sans dire que la responsabilité des banquiers (terme générique comprenant l’ensemble des acteurs financiers), politiquement poussés au crime et agissant alors hors de tout discernement, reste entière.
 
    Eric LE BOUCHER, que je tiens pour un parfait honnête homme, écrit ce qui suit, que d’ailleurs j’approuve sans réserve, sur le site www.slate.fr dont il est lui-même l’un des fondateurs :
 
    "Personnellement, je suis content qu’il y ait des jeunes gens riches qui puissent s’acheter des Ferrari, de beaux appartements et tout ce qui va avec. Ca fait marcher le commerce du luxe, un secteur où l’Europe et la France se sont spécialisées. Les bonus font des emplois. En outre, aggravant mon cas, je ne trouve pas que leurs millions soient si injustifiés (…).
 
    Mais comme je l’ai déjà dit précédemment, Eric LE BOUCHER est un honnête homme qui ne se contente pas de traiter la question posée d’une manière superficielle, mais au contraire s’honore de peser le pour et le contre :
 
    "Nicolas SARKOZY a raison : on doit discuter de la forme des rémunérations. Il est anormal que les bonus soient "garantis", il ne s’agit alors pas d’une forme "variable" du salaire, celle que l’on veut promouvoir pour "motiver les troupes". Les bonus poussent à prendre des risques excessifs ? Il faut les indexer sur les résultats des banques sur trois ans. On doit aussi exiger plus de transparence. Mais faut-il aller plus loin et limiter ces bonus "honteux" (Barack OBAMA) ?
 
    M. LE BOUCHER, dans son article intitulé "Hyperfinance, s’attaquer aux racines pas aux symboles" (in extenso à l’adresse suivante : www.slate.fr/print/9591), plante non seulement le décor de la pièce qui se joue mais ne manque surtout pas de mettre en lumière le sens profond de l’ouvrage :
 
    "Il faut revenir au coeur du "scandale" : les milliards de profits réalisés par les banques. Le royaume de l’hyperfinance, dont nous ne sortons visiblement pas, est caractérisé par des ROE (Return on Equity) de 15-20% dans les firmes industrielles mais de 25-30% dans les banques et de 40% voire plus dans leurs activités de marché (…) Pourquoi de telles sur-rentabilités ? Voilà la bonne question (…)".
 
    J’en viens donc, M. le Président, à votre préoccupation de mettre un terme à ce qui peut apparaître, aux yeux de l’opinion, comme un défi intolérable à la morale publique de la part d’un système, ici symbolisé par les traders, dont la complexité dépasse de cent coudées les possibilités de compréhension dont les acteurs de la société civile, généralement mal informés, sont dotés.
 
    Voici d’ailleurs ce qu’écrit Eric LE BOUCHER sur cette question en définitive fort épineuse qui, d’ailleurs, correspond en tout à ma propre façon de voir :
 
    "Les bonus sont donc plutôt une arme symbolique qu’on brandit devant les opinions qu’une pièce stratégique qu’on utilise vraiment. Mais que faire d’autre ? Borner les risques : tel est l’objectif des discussions en cours dans le cadre du G20 (…) Mais l’état du dossier est décevant car le débat n’est pas tranché au fond sur l’utilité de l’hyperfinance (…) D’où le sentiment qu’en dehors des belles déclarations et des convocations des banquiers dans les palais politiques, le monde de la banque ne changera que marginalement".
 
    Encore autre chose, M. SARKOZY, et non des moindres. Si j’en crois votre ministre du Budget, le bon M. WOERTH, la chasse aux invétérés prosélytes de l’évasion fiscale est ouverte. A ce sujet, puis-je me permettre de vous dire le fond de ma pensée ? C’est pure folie que de tirer ainsi à vue sur un gibier privé de toute défense : en effet, pour quelle raison les Français (qui le peuvent) sont-ils si nombreux à vouloir mettre leur fortune à l’abri d’une fiscalité confiscatoire au dernier degré ?
 
    Sur RTL, aujourd’hui même, M. WOERTH s’est exprimé en des termes particulièrement vifs et tranchants qui ont eu le don de me faire froid dans le dos :
 
    "Je vais réunir les banquiers dans les jours qui viennent pour demander aux banques françaises, aux établissements financiers installés en France, de nous donner les noms des personnes qui ont conclu des transactions, viré de l’argent sur des comptes à l’étranger".
 
    Alors, pour quelle raison les Français qui en ont les moyens se pressent-ils aussi nombreux vers les accueillants guichets des paradis fiscaux ? La réponse à cette question est d’une simplicité biblique : la France n’est-elle pas devenue, en quelques décennies, un "enfer fiscal" porté au rouge ? Et même, puisque notre pays bat des records du monde d’atteinte au droit sacré de propriété, ne serait-il pas légitime de parler d’un pays fiscalement voyou ?
 
    Le Journal du Dimanche vient de publier un entretien accordé par le ministre du Budget ainsi titré en  lettres capitales : "Woerth : "Que les 3000 évadés fiscaux se dénoncent" (texte intégral à l’adresse : www.lejdd.fr/Economie/Actualite/Woerth-Que-les-3000-evades-fiscaux-se-denoncent-129636/). C’est de la pure provocation ! Je convie donc tous ceux qui éprouveront l’envie d’en savoir plus à lire attentivement cette interview d’Eric WOERTH. Ils en auront pour leur argent.
 
    En guise de conclusion (très provisoire), permettez-moi, M. le président SARKOZY, de reproduire ici cette introduction à "La France de Roberspierre" (www.memo.fr/article.aspID=MOD_RFR_008) dont la pertinence, après deux siècles chargés d’histoire de France, ne me semble nullement dépourvue d’intérêt :
 
    "A partir du printemps 1794, ROBESPIERRE et ses amis – SAINT-JUST, COUTHON, LE BAS – peuvent imprimer une marque décisive à l’idéologie révolutionnaire, développant des exigences de vertu politique et morale. Mais les contradictions politiques, sans parler des difficultés économiques, n’étant pas évacuées, la même année verra, après son apogée, la chute du "tyran".
 
Librement !
Philippe (Sully) ROBERT
Membre du Parti libéral démocrate
http://sully1.typepad.com
02400 FRANCE
 ADRESSE AU TRADER DE L’ELYSEE

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